Musée de la Vie wallonne

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Focus

"Quand le Mouvement wallon s’adressait au monde entier"

Une du Gaulois du 18 décembre 1948 © FHMW

La Déclaration universelle des droits de l’homme, proclamée par l’Assemblée générale des Nations Unies le 10 décembre 1948, clôture une session qui s’est déroulée au Palais de Chaillot, à Paris...

Les délégués de cinquante états sur cinquante-huit représentés approuvent un texte qui énonce les droits fondamentaux de l'individu, leur reconnaissance, et leur respect par la loi. Il contient également un préambule avec huit considérations reconnaissant la nécessité du respect inaliénable de droits fondamentaux de l'homme par tous les pays, nations et régimes politiques. Il se conclut par l'annonce de son approbation et sa proclamation par l'Assemblée générale des Nations Unies.

Le Parti d'Unité wallonne en profite pour interpeller le président de l'Assemblée, le Secrétaire général et les délégués du monde entier sur la « question wallonne », c'est l'objet de la lettre adressée à ces instances et publiée dans le numéro du Gaulois du mois de décembre 1948.

Ce texte décrit la situation politique interne à la Belgique dans cet immédiat après-guerre secoué par la Question royale. Rappelant La lettre au Roi de Jules Destrée, ses signataires évoquent la minorisation de la Wallonie due au dynamisme démographique de la Flandre qui lui octroie automatiquement, selon les règles constitutionnelles en vigueur à l'époque, une majorité de sièges au Parlement. Les dirigeants du Parti d'Unité wallonne craignent également la création sur le sol wallon d'îlots peuplés de flamands qui disposeraient de leurs propres écoles et cercles culturels. Ils évoquent les conclusions du Congrès national wallon d'octobre 1945, réclamant l'instauration d'un système fédéral en Belgique. Se posant en défenseurs du caractère francophone de la Wallonie, ils dénoncent la création du Benelux noyant la région dans une « masse de treize millions de Germains ». Enfin, le Parti d'Unité wallonne réclame un fédéralisme européen avec au sein duquel la population du sud du pays ne serait plus représentée par « la Belgique majoritaire flamande ».

Quelles furent les réactions à cet appel ? Les délégués présents à l'Assemblée générale des Nations Unies font, au correspondant du Gaulois qui les interroge, des réponses polies, évasives… quand ils ne font pas aveu de méconnaissance totale du sujet. Mais, ceux qui le connaissent comme le représentant français, Alexandre Parodi, « a bouche cousue ». Le délégué néerlandais qui connaît également les problèmes internes de la Belgique ne répond pas non plus, davantage préoccupé, il est vrai, par la rébellion indonésienne.

Aujourd'hui encore, rares sont les représentants officiels des pays limitrophes (ou plus lointain d'ailleurs) qui osent émettre un avis sur les dissensions internes au sein du Royaume de Belgique. En ce qui concerne l'Europe, le cas récent de la Catalogne a bien démontré que les sphères dirigeantes n'aiment pas les velléités de sécession. Ce fut le cas aussi pour le Kosovo.

Le Parti d'Unité wallonne : réunis dans le groupement de résistance Sambre et Meuse, des militants wallons décident de présenter, après la guerre, des listes électorales pour s'opposer aux partis unitaires de l'époque. Actif de 1946 à 1964, le parti d'Unité wallonne ne réussira jamais à faire élire aucun de ses candidats.

Le Gaulois : créé par des Wallons habitant Bruxelles, Le Gaulois paraît quotidiennement à partir du 11 octobre 1944. Son sous-titre résume les thèses qu'il développera pendant dix ans : Pour la Défense de la Wallonie et de la langue française. Le plus souvent affiliés au groupement Wallonie libre, les rédacteurs du Gaulois prônent le fédéralisme quand ils ne réclament pas l'indépendance du sud du pays ou son rattachement à la France. Rapidement, le périodique s'attire l'inimitié des milieux gouvernementaux qui obtiennent sa suspension par un arrêté du ministère de la défense le 5 avril 1945. Il reparaît le 23 août 1945, sa périodicité est alors variable ; son dernier numéro sort de presse le 10 décembre 1955.

Fabrice Meurant-Pailhe, attaché, responsable du Fonds d'Histoire du Mouvement wallon

Le texte de la Déclaration universelle des droits de l'homme traduit en wallon liégeois est disponible à la boutique du musée et dans toutes les bonnes librairies.

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Légendes des illustrations

-Une carte de membre du Parti d'Unité wallonne, 1950.

(FHMW, D0050/7)

-Trois projets de logos dessinés pour le Parti d'Unité wallonne.

(FHMW, D0050/7)

-La une du Gaulois du mois du 18 décembre 1948 (FHMW 2103100041896)

Une du Gaulois du 18 décembre 1948
Carte de membre du Parti d'unité wallonne
3 projets de logos pour le PUW


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