Métiers de la sécurité et de l’urgence

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Ecusson API

L’appui psychologique aux intervenants des métiers de la sécurité et de l’urgence : une nécessité.
partager sur Google+ partager sur Twitter partager sur Facebook   Publié le 07-01-2021

API a été créé en 2013 pour soutenir les pompiers, policiers et urgentistes confrontés à des situations émotionnellement difficiles vécues dans le cadre de leurs missions.

Concrètement, Le Service est chargé de former des « Référents API », désignés par leurs pairs. C'est déjà un signe de confiance dans les qualités d'écoute du candidat. Il s'agit de pompiers, policiers ou urgentistes actifs, issus de tous les niveaux hiérarchiques, qui agissent selon le principe du « Peer Support », le « Support par les pairs ».

Actuellement, quelques 90 référents API sont actifs dans des casernes, brigades ou hôpitaux du territoire de la province de Liège. Leur réelle importance n'est plus à prouver. Découvrez-le via les témoignages de quelques référents.

Un besoin réel.

T.B est Inspecteur principal à la Police fédérale. Il y a quelques années, alors qu'il était en poste dans une autre zone, il a fait face à des faits graves, survenus après une intervention. « Nous avons bénéficié de l'aide de la Stress Team et c'est cela qui a suscité mon envie de suivre la formation API pour aider mes collègues en cas de difficultés ».

Formé API depuis un peu plus d'un an, il a particulièrement apprécié de suivre la formation avec des représentants d'autres disciplines de la sécurité et de l'urgence. « Le côté multidisciplinaire était particulièrement intéressant. En effet, entendre l'expérience de collègues d'autres disciplines est enrichissant car ils voient d'autres aspects d'une même situation. Et ces rencontres facilitent aussi les contacts ultérieurs ».

Pour lui, cette mission est très importante. « Il serait intéressant que chaque zone de police ait son référent API ».

Côté pompiers, l'intérêt de disposer de référents API est tout aussi indéniable, comme l'explique un Commandant de Zone de Secours, depuis toujours particulièrement sensible à cette thématique. S'il n'est plus actuellement référent API au vu de la charge de sa tâche, il continue de veiller au bien-être de son équipe en soutenant les candidats et « en souhaitant même augmenter le nombre de référents, 9 actuellement, et leur participation à des formations complémentaires ».

Son expérience professionnelle l'a amené à être confronté à des situations éprouvantes et « la problématique API a été très présente, tant pour les intervenants directs que pour les collègues ».

Ce réel besoin est confirmé par L.D, infirmière urgentiste et ambulancière SMUR : « j'ai souvent été confrontée à des événements qui peuvent être psychologiquement difficiles à surmonter. Et en fonction de la sensibilité de chacun, de sa situation familiale, émotionnelle, à un moment précis, ces interventions sont plus ou moins traumatisantes ». Elle cite en exemple une intervention lors de laquelle la victime est décédée : « non seulement, les circonstances de l'accident étaient particulières, mais mes collègues connaissaient bien, voire très bien, la victime. Il était donc important de les réunir rapidement afin de procéder à un 1er débriefing pour permettre une ventilation de leurs émotions ».

La reconnaissance des collègues.

Chaque référent API est donc désigné par ses collègues. « Le fait d'avoir été poussé par toute une série de collègues m'a fait réfléchir à la question et m'a décidé à m'engager » explique F.L, pompier et référent API depuis 2014. Ses années au service de la population l'ont déjà confronté à plusieurs interventions éprouvantes. « Pour certaines, nous avons bénéficié d'un suivi et pour d'autres, pas. Il est donc important que maintenant cela puisse se généraliser ».

Et il voit dans sa formation API une possibilité d'aider ses collègues même lorsque le problème ne découle pas directement d'une intervention : « On doit veiller les uns sur les autres en permanence. Dans ce cadre, je me souviens avoir pris de nombreux contacts avec un collègue dont le papa allait très mal » ajoute-t-il. La famille est en effet un socle essentiel pour les intervenants confrontés aux difficultés. « Lors de mes futures visites dans les casernes, j'insisterai d'ailleurs sur l'importance du soutien familial » confirme L.

Ce sens du devoir et de l'aide à autrui, on le retrouve aussi chez Ch.H, pompier volontaire et professionnel dans deux zones. « Ma motivation est logique car étant pompier depuis 33 ans, j'avais envie de conseiller et d'aider les jeunes et les autres, de partager mon expérience ». Sa carrière l'a bien sûr confronté à plusieurs situations difficiles. Pour l'une d'entre-elles, plus ancienne, il n'a pas reçu beaucoup d'aide. L'importance de l'aide apportée par les référents API est donc pour lui une évidence. « Il y a peu, un jeune pompier de notre zone a été confronté à un accident de roulage où la victime est décédée. C'était son 1er « mort ». Je l'ai donc vu pour un entretien API ».

L'importance d'une bonne prise en charge.

« Tant en Belgique qu'à l'étranger, j'ai été confronté depuis près de 15 ans à différentes situations difficiles. J'ai pu constater que la réalité de certaines situations pouvait avoir des conséquences sur les intervenants et qu'il est primordial de les prendre en charge. Ceci est bénéfique aussi bien pour l'opérationnalité de l'organisation mais aussi également pour les intervenants car cela permet de maintenir une santé mentale et de facto physique » explique R.V, sapeur-pompier volontaire, ambulancier et militaire de carrière.

La qualité de la prise en charge des intervenants confrontés à une situation difficile par un référent API est essentielle. « Lors de scènes choquantes, les images restent naturellement gravées et il est important dans un premier temps de faire retomber la pression. Au calme, chacun a l'occasion de s'exprimer, à sa manière, de ce qu'il a vécu. Ceci permet de remettre les événements chronologiquement et à l'intéressé de verbaliser ses actions. Par la suite, d'autres contacts sont pris individuellement avec les intervenants si le besoin s'en fait ressentir ».

L'impact de la crise sanitaire.

La crise sanitaire que nous connaissons depuis le mois de mars a apporté de nouvelles formes de difficultés, d'interrogations pour les intervenants. Le constat est similaire quelle que soit la mission de chacun.

Pour les pompiers, « le travail s'est complexifié pour les missions ambulance » et « ils ont traversé des périodes denses où l'inconnu venait s'ajouter à la charge de travail ». A cela, il faut ajouter la suspension de certains exercices et de certaines formations. « Nous avons donc moins l'occasion de garder un œil sur nos collègues. Si quelqu'un vit quelque chose de compliqué, cela peut encore être plus difficile à déceler ».

Côté Police, les policiers fédéraux ont vu leurs missions changer. « Nous intervenons habituellement et notamment sur des grands événements, mais ils n'ont pas lieu. Il y a donc eu des craintes par rapport à l'inconnu de la situation. Mais nous allons aider les Zones de Police dans leurs missions. Il faut s'adapter ! »

Au niveau médical, à l'hôpital, « la charge émotionnelle a été amplifiée. Voir mourir des patients seuls, sans leur famille a été le plus difficile à encaisser ».