



Publié le 17-04-2026 Lutter contre les aléas du changement climatique dans le végétal.
Dans le cadre du projet Interreg GR YesWiClim, alliant climat et viticulture, et à l'occasion d'une semaine d'échanges d'expériences organisée en janvier, nous avons eu l'opportunité de rencontrer Thomas Chassaing et son équipe. Cette interview fait suite à ces discussions riches autour du programme CLIMATVEG, dédié à l'adaptation des systèmes végétaux face au changement climatique. Elle met en lumière les dynamiques à l'œuvre et les perspectives de coopération à l'échelle européenne.
Lancé en France en 2021 sous l'impulsion des régions Bretagne et Pays de la Loire, le programme CLIMATVEG porte sur la transition et la durabilité des systèmes de productions végétales face aux changements climatiques au niveau des régions Bretagne et Pays de la Loire. Nous avons reçu une délégation en janvier dernier.
Il s'agit avant tout d'un projet multi-filières dans le domaine du végétal, pluridisciplinaire et multipartenarial (82 partenaires). Celui-ci vise à comprendre l'impact du changement climatique en étudiant différents leviers d'adaptation/d'atténuation liés aux plantes, au sol et à la ressource en eau. L'ensemble des travaux menés contribuera à favoriser la résilience et la durabilité des filières végétales de l'Ouest français.
À travers ses actions, CLIMATVEG vise à améliorer la qualité de vie des populations, à favoriser la biodiversité et à optimiser la gestion durable des ressources naturelles, notamment l'eau et les sols. Plusieurs axes stratégiques animent ses priorités: la végétalisation des espaces urbains (toitures végétalisées, murs végétaux,…), l'adaptation au changement climatique (solutions naturelles pour atténuer les impacts des fortes chaleurs, des inondations et de la pollution), la mobilisation des acteurs publics, privés et citoyens à travers des actions de formation, de conseil et de co-construction de projets.
CLIMATVEG réunit des représentants des collectivités locales, des experts et des entreprises, mais aussi des acteurs de la société civile, afin de garantir une mise en œuvre efficace et adaptée aux spécificités locales. Il était donc évident de rencontrer ses animateurs pour alimenter les réflexions de notre programme Interreg GR YesWiClim.
Premiers résultats
Les premiers résultats inter-filières du projet ont été partagés auprès des décideurs pour une agriculture durable plus résiliente et solidaire, car « partager de la connaissance sur les climats de 2030-2050 permettra d'appréhender la résilience des exploitations et de caractériser des scénarii d'adaptation. »
Structuré en 4 sous-projets pour et avec quelque 350 agriculteurs (et viticulteurs), CLIMATVEG est porté par VEGEPOLYS VALLEY et ses 80 partenaires. Il est financé par les régions Bretagne et Pays de la Loire.
« C'est un projet, explique Thomas Chassaing, qui vise à faire une évaluation multicritères de leviers d'adaptation : il y a donc prairies, grandes cultures, maraîchage, etc., dont la vigne. Les pays de la Loire ont été à la mise en place initiale de cette dynamique, avec la Bretagne. Aujourd'hui, une suite se lance et on part donc pour 4 années de travaux, ce qui a permis de lancer pas mal de plantations de jeunes vignes et d'obtenir des résultats sur plusieurs millésimes. »
Lors de sa venue en Belgique en janvier dernier, la délégation de CLIMATVEG a eu l'occasion de visiter plusieurs domaines liégeois, dont Vin de Liège ou Bois de Loë.
« Pour nous, c'était assez intéressant, puisque le système belge est, disons, plus libéré, c'est-à-dire que l'on peut planter un peu ce qu'on veut un peu partout. Et cela nous fait du bien de voir des schémas comme ça.
Nous avons pu goûter des vins issus de cépages tolérants aux maladies. Chez nous, c'est pareil, on se pose beaucoup de questions, et il est vrai que nous sommes quand même, avouons-le, ancrés avec nos superbes cépages traditionnels (Chenin et Cabernet). Donc on regarde forcément les cépages résistants du coin de l'œil, on les surveille, on les goûte, on regarde leur comportement en parcelles expérimentales. On ne va toutefois pas massivement les planter tout de suite, car la précocité au débourrement de certains peut les rendre trop sensibles au gel de printemps en Anjou, peut-être qu'il va falloir des petits débrayages comme ce qu'on fait en Belgique, au Luxembourg ou en Allemagne.
Chez nous, ce sont surtout des instituts qui font des micro-vinifications. Et chez vous, il n'y a qu'à écouter les vignerons et nous avons entendu les témoignages très intéressants des vignerons, mais aussi de l'équipe du CPFAR avec Michel Delrée, l'œnologue Véronique Lidby ou Anouck Stalport (Condorcet). C'était super intéressant d'échanger avec des gens qui ont une vision globale de la filière et une expérience de pratiques de terrain.
La dynamique, c'est qu'en fait, à l'échelle européenne, nous avons tous les mêmes problèmes face aux aléas climatiques, de grêle, de gel ou de stress hydrique. L'idée est à présent d'accueillir en fin d'année tous les gens qu'on a vus afin de continuer nos réflexions, d'affiner nos pratiques. »
Article de Marc Vanel
Journaliste spécialiste de la viticulture