MUSÉE DE LA VIE WALLONNE

Focus

"La bataille de Liège, regard d’outre-Atlantique"

'The defense of Liège'  by W.B. Wollen, R.I.

Le point de vue des Etats-Unis d'Amérique sur la Belgique durant la Première Guerre mondiale...

Une guerre lointaine

Loin des tumultes de la guerre, les États-Unis, neutres, regardent cet événement avec curiosité et fascination. Peu d'Américains pensent qu'ils vont entrer dans le conflit. La doctrine de Monroe (condamnant toute intervention européenne dans les affaires du continent américain et vice-versa) prime, renforcée par de puissants groupes pacifistes qui considèrent les méthodes surannées et archaïques des européens comme cause de la guerre. De plus, si la France éveille encore la sympathie, l'Angleterre suscite elle une méfiance générale, sans oublier que certains états sont peuplés d'un grand nombre d'émigrés allemands restés fidèles à leur patrie d'origine. Afin de préserver la paix sociale, le président Wilson exhorte donc ses concitoyens à demeurer neutres, en pensées et en actes.

La bataille de Liège bouscule les Américains

Pourtant, très vite, l'opinion publique, informée par les nombreux correspondants sur le terrain, penche en faveur des Alliés. Le New-York Times n'hésite pas à parler d'ennemis lorsque les Allemands franchissent les intervalles des forts de Liège. L'attaque d'un petit pays par une grande puissance suscite l'émoi et la défense du droit par la sauvegarde de la neutralité impose le respect. Les Américains restent admiratifs face à ce combat de David contre Goliath, estime qui est renforcée par l'exagération des chiffres. Le Washington Post, qui marque pourtant une stricte neutralité, titre le 9 août : « Les combats les plus sanglants de l'histoire à Liège : 25.000 pertes allemandes ». Selon le New-York Times du 7 août, il n'y a rien eu de tel depuis les Thermopyles. La lutte inégale rend les Belges attachants, mais nul n'est dupe, l'opinion publique s'attend à une victoire allemande. Qu'importe, même après sa chute, Liège se mue en symbole de résistance, celle de la civilisation sur la barbarie.

Une source d'inspiration

Le 2 septembre, alors que les forts sont tombés depuis quinze jours, Percy Mackaye (1875-1956) publie un poème dans le New-York Times, « The lads of Liege ». Dramaturge de talent, considéré comme un prophète de l'idéalisme littéraire américain, Percy Mackaye est un progressiste, défenseur d'un militantisme au service de projets civiques. Il trouve ainsi dans le conflit un moteur pour développer ses idées et faire sortir les États-Unis de leur isolationnisme. Le « corolaire Roosevelt » de 1904 n'indique-t-il pas en effet qu'en cas d'injustice et d'impuissance, les États-Unis se doivent d'exercer un pouvoir de police internationale ? « The lads of Liege » est repris dans son recueil de 28 poèmes « The present hour », publié en octobre 1914. Percy Mackaye indique dès sa préface que la majorité des Américains soutiennent les Alliés, qui se battent contre le militarisme, l'oppression des faibles et l'armement de l'Europe. Dans le sonnet « American neutrality » du poème « The conflict », il fait sienne la cause des Anglais, celle du droit des Hommes, pour laquelle la Belgique se bat. Pas d'atermoiements funestes, pour lui, les âmes ne peuvent rester neutres, surtout après les carnages de Louvain et de Reims. Exprimé dans son style favori, le drame historique en vers, le poème « The lads of liege» dépeint les soldats belges sur le modèle des héros antiques. Comparée aux 300 Spartiates face aux Perses à la bataille des Thermopyles ou aux hommes de Roland face aux Sarrasins à Roncevaux, la bataille de Liège est issue au rang des grandes batailles opposant, dans l'imaginaire occidental, la civilisation à la barbarie. La Belgique, bien que monarchique, apparait du côté du progrès et devient un modèle immortalisé par la citation de César et reprise par Percy Mackaye : « Of all The bravest are the Belgians ».

La bataille de Liège suscite aux États-Unis une vague d'émotion qui n'aboutit pas sur une réaction diplomatique, mais qui, bien avant le torpillage du Lusitania et l'affaire du télégraphe Zimmermann, insère progressivement les Américains dans une culture de guerre.

F.-M. P.

Galerie photos

Percy Mackaye [1915-1920]


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