MUSÉE DE LA VIE WALLONNE

Focus

"La restauration : une seconde vie pour les livres anciens"

Province de Liège - Musée de la Vie wallonne

Saviez-vous que des équipes du Musée restaurent des livres et objets anciens ?

Parmi les nombreuses missions du Musée de la Vie wallonne, la conservation des items de collections est peut-être une des plus cruciales et des plus difficiles à assurer. Aussi souvent que possible, cette tâche s'effectue préventivement et dans les gestes au quotidien.

Malheureusement, pour certaines pièces, malgré le soin qu'on peut leur apporter en réserve, l'usure du temps fait son œuvre et il est indispensable de les restaurer pour leur offrir une seconde vie. Ce travail peut s'avérer long et fastidieux, mais il offre des résultats saisissants. Avec ce focus, c'est le travail réalisé par Marie-Jeanne Sanglan sur le Grand dictionnaire des Arts et des sciences de l'Académie française (1695) que nous avons décidé de mettre en lumière.

Présentation de l'ouvrage :
Le Grand dictionnaire des arts et des sciences (1695)

Le Grand dictionnaire des Arts et des sciences est un volume publié par l'Académie française en 1695, tout juste après la première édition de son Dictionnaire (1694). Bien qu'il ne soit pas le dictionnaire le plus ancien, ce volume et les autres tomes du Dictionnaire de l'Académie sont les premiers à se vouloir universels. À la différence des encyclopédies qui seront réalisées au 18e siècle par Diderot, d'Alembert et d'autres, ce sont les mots qui retiennent l'attention des académiciens, non les réalités qu'ils recouvrent. Ainsi, des considérations grammaticales ou étymologiques figurent dans chaque définition. C'est pour cette raison qu'Émile Dony, membre titulaire de la Société de langue et de littérature wallonnes et propriétaire de l'ouvrage, estime judicieux de faire don de cet ouvrage à la Bibliothèque des dialectes de Wallonie à sa mort au début du 20e siècle.

L'ouvrage, de grande valeur, a été conservé longtemps aux côtés des autres ouvrages de la Bibliothèque. Il a vieilli et s'est usé pour diverses raisons : manipulation des lecteurs et des bibliothécaires, déménagements successifs, détérioration ou décoloration causée par la lumière solaire. Une restauration était devenue nécessaire pour assurer sa pérennisation ou sa consultation.

Récit d'une restauration :

1. Constat d'état

La première étape de la restauration est de dresser un constat de l'état de l'ouvrage (fig. 1 à 3) : le livre était principalement usé à cause d'un mauvais rangement antérieur. Certaines pages étaient très sales, parfois détachées voire déchirées. Les ficelles de la couture se cassaient au moindre mouvement du livre et le volume ne comptait plus ni dos, ni reliure. Enfin, quelques moisissures légères et quelques traces d'insectes étaient observables sur certaines pages.

2. Traitement

Pour tout traitement d'un ouvrage abîmé, on préconise le moins d'interventions possibles. Néanmoins, dans le cas présent, il était nécessaire de réaliser une nouvelle reliure pour assurer la stabilité de l'ouvrage.

Plusieurs étapes ont été nécessaires :

Premièrement, le traitement de la page de titre s'est fait par un gommage de la page (fig. 4), une mise à plat, puis un bain d'eau tiède afin de nettoyer le papier en profondeur. Enfin, un doublage avec du papier japon a permis de renforcer cette première page (fig. 5).

Ensuite, le corps de l'ouvrage a été envisagé : les pages déchirées et la tranche ont été dépoussiérées à l'aide d'une brosse douce, puis chaque page a été gommée et débarrassée des résidus. Chaque tache de moisissure a été traitée par retrait du papier. Tous les trous laissés n'ont pas été refermés car ils étaient beaucoup trop nombreux. Par la suite, un contrôle s'imposera afin de vérifier que le traitement et les meilleures conditions de conservation n'ont pas permis la réapparition des moisissures. Les coins écornés ont été nettoyés et remis à plat, par transfert d'humidité. La dernière page a, elle, été doublée avec du papier japon pour renforcer l'ouvrage.

Enfin, la reliure a été effectuée (fig. 6) : une couture est entreprise sur cinq rubans, puis un encollage du dos avec de la colle vinylique. Après la fabrication de cette reliure, une mousseline et un papier Canson sont posés au dos. Enfin, la couvrure est réalisée, avec du papier décoré et renforcé de papier Canson.

Après ce traitement (fig. 7), le livre a été conditionné dans une boite sans acide, où il est dorénavant protégé de la poussière et de la lumière du jour. Il sera désormais conservé à plat et non plus debout, pour éviter une usure inégale de l'ouvrage.

Le travail des restauratrices permet donc de prolonger la vie des ouvrages de plusieurs décennies. Néanmoins, puisque les ouvrages sont destinés à être conservés pendant des décennies, les restauratrices œuvrent toujours avec le souci de ne pas réaliser de restauration irréversible et de notifier chaque étape de travail pour pouvoir retracer l'histoire « physique » de l'ouvrage concerné.

Baptiste Frankinet

Galerie photos

Fig 5. Province de Liège - Musée de la Vie wallonne
Fig 1. Province de Liège - Musée de la Vie wallonne
Fig 4. Province de Liège - Musée de la Vie wallonne
Fig 7. Province de Liège - Musée de la Vie wallonne
Fig 2. Province de Liège - Musée de la Vie wallonne
Fig 3. Province de Liège - Musée de la Vie wallonne
Fig 6. Province de Liège - Musée de la Vie wallonne


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