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Focus

"Il y a 55 ans, le procès du Softenon…"

Le Monde du Travail 12/11/1962

En novembre 1962 s’est déroulé à Liège le procès du Softenon : 55 ans après les faits, revenons sur cette affaire judiciaire qui a passionné l’opinion publique.

"Softenon"?

La thalidomide est un médicament utilisé, dans les années 1950 et au début des années 1960, comme sédatif et anti-nauséeux, notamment chez les femmes enceintes. Synthétisée à partir de 1954 par l'entreprise allemande Chemie Grünenthal, elle est mise sur le marché 3 ans plus tard. Les premiers tests de toxicité réalisés sur des animaux n'ayant révélé aucun effet négatif, la thalidomide sera distribuée dans de nombreux pays. En Belgique, elle est commercialisée dès 1959 sous l'appellation de Softenon.

La loi et la réalité du terrain...

Fin 1961, des médecins soupçonnent la thalidomide d'être à l'origine de malformations congénitales, en associant la naissance d'enfants malformés à l'absorption de ce produit durant la grossesse. Le médicament est alors retiré du marché en Allemagne de l'Ouest, mais continue à être commercialisé dans plusieurs pays. En Belgique, un arrêté royal, paru en juin 1962, permet d'en interdire provisoirement la vente, mais dans la pratique, les pharmacies peuvent encore s'approvisionner en Softenon.

Un procès...

Le nom du Softenon est également associé à un retentissant procès qui s'est déroulé à Liège, en novembre 1962. À l'origine de cette affaire, la naissance, à la maternité de Rocourt, d'une petite fille atteinte de graves malformations. Devant le refus des autorités médicales d'euthanasier le nourrisson, les parents prennent alors la terrible décision d'administrer dans son biberon un puissant somnifère.

Averti par un appel téléphonique, le Parquet demande qu'un agent de police soit envoyé au domicile des parents le lendemain de la mort du bébé. Informé du décès, le policier rédige un rapport, aussitôt transmis au Parquet : c'est alors que débute l'enquête. L'autopsie révèle la présence, dans l'organisme du bébé, de somnifère à dose mortelle. Appréhendée, la mère passe aux aveux et est placée sous mandat d'arrêt. Par la suite, sa sœur, son époux, sa mère ainsi que le médecin de famille, qui a délivré l'ordonnance pour le somnifère, sont également arrêtés et écroués à la prison Saint-Léonard, à Liège.

Procès et opinion publique

Le procès en cour d'assises débute le 5 novembre 1962. L'opinion publique, largement favorable à l'acquittement des accusés, suit avec ferveur les débats. L'événement connaît un succès retentissant, puisque c'est plus d'une centaine de journalistes qui assistent au procès, certains ayant fait le déplacement depuis l'Allemagne, la France, l'Italie, la Grande-Bretagne, les Pays-Bas, la Suisse ou encore la Suède. La presse se fait l'écho des discussions passionnées qui opposent défenseurs du droit à la vie et partisans de l'euthanasie.

Le 10 novembre, une foule considérable - plusieurs centaines de personnes - s'est réunie sur la place Saint-Lambert dans l'attente de la décision des jurés. Le verdict tant espéré tombe enfin : les 5 accusés sont acquittés ! C'est la joie parmi ceux qui, dès le début de l'affaire, ont soutenu les inculpés, notamment au nom du principe « On ne peut justifier, mais on peut comprendre ».

Anne Stiernet, Responsable des Archives générales et du Centre de Documentation

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