La Province de Liège se souvient

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Visiter le xxe siècle

N° 5 - Nos libertés conquises
partager sur Google+ partager sur Facebook   Publié le 01-09-2020

Visiter le xxe siècle

Acte IV : le temps des reconquêtes

En Europe…

A la suite de la conférence de Téhéran (du 28 novembre au 1er décembre 1943), l'ouverture d'un nouveau front en Europe de l'Ouest est décidée.

Juin 1944. Après la prise de Rome le 4 juin, l'attaque principale de la forteresse Europe est désormais possible. Elle a lieu en Normandie sous le nom de code Overlord, et met en jeu une colossale opération logistique au cours de laquelle 5 000 navires et 9 000 avions entreprennent de débarquer le 6 juin 1944 près de 100 000 hommes entre l'Orne et le Cotentin. Après la constitution d'une solide tête de pont entre les armées américaines, britanniques et canadiennes, une bataille acharnée commence en Normandie qui dure près de cent jours et voit la destruction des principales forces allemandes à l'Ouest.

Staline, qui de son côté lance une offensive générale de 600 divisions, dont 100 blindées, a enfin obtenu la création du second front qu'il ne cessait de réclamer. Les Russes poursuivent leur marche vers l'Allemagne et libèrent la Roumanie, la Finlande et la Bulgarie.

Sur le front asiatique, la guerre du Pacifique permet aux Américains de se rapprocher peu à peu du Japon, tandis que les Britanniques se battent en Birmanie. En octobre 1944, les Philippines sont reprises par le Général Douglas Mac Arthur. En Chine, communistes et gouvernement légal (nationalistes), rassemblés depuis septembre 1937 dans un front uni patriotique, repoussent les Japonais.

En France, Paris est libéré le 25 août, tandis que, quelques jours auparavant, s'est déroulé un deuxième débarquement en Provence. La Belgique est libérée dans les premiers jours de septembre.

L'automne voit arriver les armes de représailles allemandes, les V1 et V2, tandis que, en décembre 1944, Hitler tente une folle offensive sur les Ardennes, espérant atteindre Anvers et couper en deux les forces alliées. Renouant avec la Blitzkrieg (guerre-éclair), l'attaque allemande est stoppée à Bastogne. Elle a dévoré les dernières forces du Reich dont l'invasion est désormais inexorable.

Des bombardements stratégiques sur les grandes villes se multiplient. Le Rhin est franchi en mars 1945. Les Ire et IXe armées américaines foncent sur Berlin mais le Président Truman, qui a succédé à Roosevelt, décédé le 12 avril, et Eisenhower, commandant en chef des forces alliées en Europe, les arrêtent le 22 avril sur l'Elbe pour respecter les zones d'occupation fixées avec les Soviétiques. De même, les IIIe et VIIe armées américaines ainsi que la Ire armée française doivent s'arrêter, après avoir conquis le sud de l'Allemagne et le Tyrol, pour laisser les Soviétiques libérer Prague.

A l'Est, les armées soviétiques commandées par Joukov et Koniev ont envahi le Reich, fonçant sur les lignes de l'Oder que les divisions allemandes, péniblement repliées et regroupées, ne peuvent plus tenir. La Prusse-orientale est conquise. Le siège de Berlin commence le 25 avril, alors que le même jour Soviétiques et Américains opèrent leur jonction à Torgau, près de Leipzig.

Durant cette période, les Alliés tiennent plusieurs grandes conférences pour terminer la guerre mais aussi pour commencer la paix. Staline, Roosevelt et Churchill se rencontrent à Téhéran, fin novembre 1943, puis à Yalta en Crimée, du 4 au 11 février 1945. Leurs objectifs sont très différents et les discussions sont âpres. Des principes y sont énoncés : décision d'ouvrir au printemps 1945 à San Francisco d'une conférence sur la création d'une Organisation des Nations unies, tracé d'occupation de l'Allemagne en passe d'être vaincue, promesse d'entrée en guerre de l'URSS contre le Japon, vague déclaration sur la volonté d'établir des gouvernements démocratiques dans les pays libérés… L'après-Yalta suscite de graves querelles d'interprétations entre Anglo-Américains et Soviétiques. Une nouvelle conférence se tient alors du 17 juillet au 2 août 1945 à Potsdam pour déterminer les futurs traités de paix et décider du sort de l'Allemagne. L'atmosphère des discussions et débats n'est pas meilleure. Les Alliés ne trouvent de solution ni sur la Pologne, ni sur la Bulgarie, ni sur la Roumanie, ni sur la frontière orientale de l'Allemagne fixée arbitrairement par les Soviétiques sur une ligne fluviale Oder-Neisse que refusent les Américains et les Britanniques. Quant à la seule décision qui pouvait paraître prometteuse, celle de créer un Conseil des ministres des Affaires étrangères, chargé notamment d'élaborer les traités de paix, elle va se trouver rapidement ruinée par le désaccord croissant entre ce qui apparaît déjà comme deux blocs antagonistes : le camp occidental et le camp communiste. Désormais, l'avenir de l'Europe d'après-guerre va dépendre davantage d'une situation de fait et souvent de force, que d'accords entre ceux qui hier étaient encore unis contre la menace nazie.

En Asie…

Sur le front du Pacifique, la guerre contre le Japon n'est pas finie. Elle peut même durer longtemps encore. Une fois sacrifiées leurs troupes des archipels et de l'Asie du Sud-Est, les Japonais peuvent tenir avec plusieurs millions d'hommes en Chine, en Mandchourie, en Corée et surtout au Japon dont la conquête promet d'être terriblement sanglante. Autre inquiétude des Américains que celle de voir l'Armée rouge, après sa victoire à l'Ouest sur les armées hitlériennes, tourner l'expansionnisme stalinien vers l'Extrêm-Orient. Il faut en finir vite…

Le 6 août 1945, à 2 h 45 du matin, quatre bombardiers B29 décollent discrètement d'une base américaine des îles Mariannes, dans le Pacifique. L'un de ces appareils, l'Enola Gay porte dans ses flancs la première bombe atomique, récemment mise au point dans le désert du Nevada. Peu après 8 heures du matin, l'avion est au-dessus de la ville d'Hiroshima, au sud-ouest du Japon. A 9 000 mètres, d'altitude, l'unique bombe, dénommée Little Boy est larguée, suspendue à un parachute. Alors que l'avion s'éloigne au plus vite, son équipage, un peu moins d'une minute après, voit Hiroshima disparaître dans un gigantesque éclair blanc avant d'être rudement secoué par l'onde de choc. 100 000 habitants sont transformés « en chaleur et lumière » tandis que beaucoup d'autres mourront de leurs blessures et surtout des irradiations subies. Le feu atomique vient de changer la face du monde. Le président américain Truman déclare : C'est le plus grand événement de l'Histoire.

Les événements se précipitent avec l'entrée en guerre de l'URSS contre le Japon le 8 août, l'explosion d'une seconde bombe atomique à Nagasaki le 9 et enfin la capitulation sans conditions du japon le 14, après que l'empereur a annoncé à son peuple qu'il doit se résoudre à supporter l'insupportable, c'est-à-dire la défaite. Le 2 septembre 1945, l'acte de capitulation est signé. La Seconde Guerre mondiale, qui a duré six ans, est terminée…

Epilogue, le bilan

Le bilan de la guerre est catastrophique : environ 50 millions de morts, car, plus encore que pendant la Grande Guerre, les populations civiles ont été directement victimes des combats terrestres et aériens, de la répression et de la déportation. Plus de la moitié des victimes sont en Union soviétique, mais, en valeur relative, c'est la Pologne qui a perdu le plus d'habitants, soit 18 % de la population.

Autres conséquences de la guerre et des changements de frontières : des millions de personnes déplacées, requis du travail obligatoire, prisonniers de guerre, expulsés, populations transférées de force ou fuyant l'espace des troupes.

Au hasard de l'avance des troupes alliées, l'ouverture des camps et la découverte de l'univers concentrationnaire sont un choc psychologique pour l'opinion mondiale. Les images de cadavres jetés par milliers dans les fosses communes, de morts-vivants sortis tout hébétés des camps, et la révélation des crématoires, des chambres à gaz et des charniers innombrables, remplissent de tristesse ce qui devrait être la grande joie de la fin d'une guerre terrible.

Les destructions matérielles sont énormes, en Europe et en Extrême-Orient, en particulier pour les villes, les agglomérations et les infrastructures de communication, du fait des bombardements. Mais les belligérants, ravagés par la guerre, conservent d'importantes capacités de production. Certains d'entre eux sont même indemnes, comme les états-Unis et le Canada. En l'espace de quelques mois, l'Empire unitaire allemand fondé par Bismarck est brisé dans une catastrophe militaire et politique sans précédent : c'est ce pays, ici et là réduit à un chaos de ruines, que les Alliés décident d'occuper et de maintenir sous une tutelle étroite. Des centaines de milliers de réfugiés ou de personnes déplacées y sont encore en mouvement. Allemagne, année zéro, le film de Roberto Rossellini, reflète bien cette atmosphère de fin de monde, de retour à la case départ.

Fin de la guerre, l'année 1945 est-elle pour autant le début d'un âge nouveau ? La coalition des vainqueurs est-elle destinée à se maintenir ? Rien ne reflète mieux le caractère ambigu des relations entre Alliés que la conférence de Potsdam et la solidité relative de la grande alliance née de la guerre. Le consensus demeure sur les grands principes concernant l'Allemagne : démilitarisation, dénazification, large décentralisation ; les Alliés décident de ne pas la démembrer et de la considérer comme une entité politique et économique, occupée conjointement par les Alliés, par le biais d'un Conseil de contrôle. La guerre est terminée sur le sol européen, mais Staline impose ses vues sur la Pologne, incluant d'anciennes provinces allemandes dont les Allemands sont expulsés. Bref, toute la Pologne opère une translation vers l'ouest de plusieurs centaines de kilomètres, et la Russie progresse aussi vers l'ouest. L'institution du Conseil des ministres des Affaires étrangères des cinq puissances, chargé de préparer les traités de paix, va très vite se heurter au conflit américano-soviétique sur l'Allemagne. Tout traité de paix est impossible dans l'immédiat et la division de l'Allemagne est inscrite dans la réalité de 1945. La paix ne succède pas à la guerre…

Malgré tout, l'espoir d'un monde meilleur existe.

Depuis la Charte de l'Atlantique (août 1941) et la déclaration des Nations unies (1er janvier 1942), a été affirmée la nécessité d'une organisation internationale pour le maintien de la paix. Envisagée à la conférence de Téhéran, mise au point à Dumbarton Oaks (septembre 1944), la charte de cette organisation est signée à San Francisco, le 26 juin 1946, par les représentants de cinquante pays. Ils conviennent de préserver les générations futures du fléau de la guerre. La création de l'ONU est célébrée comme la naissance d'une nouvelle ère dans l'histoire.

Les Alliés se mettent également d'accord pour juger les fauteurs et criminels de guerre et les responsables de crimes contre l'humanité. Le 20 novembre 1945 s'ouvre à Nuremberg, ville des grandes liturgies nazies, le procès des criminels de guerre allemands. Vingt et un accusés, tous dignitaires du IIIe Reich, à l'exception d'Hitler, de Goebbels, d'Himmler et de Ley, qui se sont suicidés, et de Bormann qui a disparu, figurent au banc des accusés de l'Histoire, principaux responsables du plus effroyable des conflits.

Dans cette guerre idéologique, une soi-disant « race des seigneurs » a entrepris de réduire en esclavage des peuples et d'exterminer, hors de tout contexte belligérant, des races qu'elle jugeait inférieures. Ce sont des crimes inexpiables que les Alliés ont décidé de juger. Churchill, dès 1941, en a explicitement fait un objectif de la guerre.

Au chef d'accusation de crimes de guerre, s'ajoutent ceux, nouveaux au regard du droit international en train de naître, de plan concerté ou complot, de crimes contre l'humanité et de crimes contre la paix, c'est-à-dire l'assassinat, l'extermination, la réduction en esclavage, la déportation et tout acte inhumain contre toutes les populations civiles, avant ou pendant la guerre, ou bien les persécutions pour des motifs politiques, raciaux ou religieux.

Les débats durent dix mois et tous les accusés plaident non coupable, se réfugiant derrière le Führerprinzip qui les a obligés à obéir aveuglément à Hitler. Pourtant la preuve y est apportée des crimes nazis, comme lorsque le commandant SS du camp d'Auschwitz est venu décrire minutieusement la mise à mort des Juifs dans les chambres à gaz. Le verdict tombe le 1er octobre 1946. Onze condamnations à mort sont prononcées mais le procès de Nuremberg va bien au-delà : il marque une première étape dans la mémoire du génocide, dans le sens d'un élargissement de la conscience collective.

In fine, la dernière année de guerre dessine une nouvelle carte du monde. C'est une carte idéologique et non pas territoriale. Les modifications de frontières sont beaucoup moins limitées qu'au lendemain de la Grande Guerre, consolidant même, d'une certaine façon, la carte de l'Europe léguée par les traités de 1919-1920. En revanche, ces délimitations territoriales vont être gelées du fait de la guerre froide, et le monde mettra près d'un demi-siècle à sortir de Yalta. De ce point de vue, le tournant de la fin de la guerre a été effacé par le tournant des années 90, de même que le cycle nucléaire, inauguré par l'année d'Hiroshima, a semblé se clore au même moment…

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1943, Conférence de Téhéran entre les 3 grands
26 août 1944, De Gaulle près de l'Arc de Triomphe
Tracé d'occupation des Alliés en Allemagne vaincue
Juillet 1945, conférence de Potsdam (avec Harry S. Truman)
Visiter le xxe siècle (suite)
Pourcentage des pertes militaires et civiles
Expulsion des Allemands d'Europe anciennement occupée
Roosevelt, ardent défenseur de la paix, rêve d’un autre monde
Visiter le xxe siècle (suite 2)
Extrait des cahiers de Jean Boets
1945-46, procès de Nuremberg contre 24 hauts responsable nazis
Lecture des chefs d'accusation à Nuremberg
Des chefs nazis devant leurs juges
Le couperet tombe pour les responsables
1949, la Colombe de Picasso sur l'affiche...