La Province de Liège se souvient

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V1, tiré jusqu’à l’aire de lancement

Gazette 2 - Vivre la guerre
partager sur Google+ partager sur Facebook   Publié le 21-11-2019

Représailles, V1 et V2

De nouvelles armes de représailles, V1 et V2

D'abord appelées Versuchsmuster (“modèles” d'essai), les V1 et V2 deviennent des Vergeltungswaffe (armes de représailles), parmi les armes nouvelles développées dans les arsenaux militaires du troisième Reich. Le V1 est un petit avion sans pilote, consommable, puisqu'il ne sert qu'une seule fois, en explosant avec la charge qu'il transporte (une tonne d'explosifs). Les mécanismes du propulseur (pulsoréacteur) permettent de diriger à la fois la durée du vol et de couper le moteur, deux données utiles pour la destination et le moment de chute. Sa portée est de 250 à 420 kilomètres, sa consommation de 24 litres à la minute et sa capacité de réservoir de 607 litres. Envoyé à partir de bases fixes, lancé au moyen de rampes, il peut aussi partir d'un avion, le Heinkel 111, même si ce procédé est exceptionnellement utilisé. La fabrication des V1 fait appel à 18 usines différentes, dont la cadence de production prévue est de 3 000 unités par mois.

Le V2 est un engin sol-sol supersonique, première réalisation opérationnelle d'une fusée balistique à usage militaire. Elle comporte essentiellement une tuyère propulsive alimentée par deux réservoirs contenant l'un le combustible, l'autre le carburant constitué d'oxygène liquide. La stabilité de la trajectoire est assurée par un système de pilotage automatique. La portée est de 320 kilomètres et la vitesse de 5 000 km/h à 50 km d'altitude.

Anvers et Liège, cibles principales

L'attaque par V2 commence le 8 septembre à partir de La Haye, aux Pays-Bas ; le premier V2 tombe sur Londres le même jour. Cette attaque d'un genre nouveau se poursuit jusqu'au 27 mars 1945. Pourtant, malgré l'idée très répandue selon laquelle les armes de représailles n'auraient touché que le Royaume-Uni, c'est la Belgique qui subit le feu des V1 puis des V2 quand ce n'étaient pas les deux de concert. En effet, lorsque la progression des troupes alliées met Londres hors de portée, Hitler donne l'ordre de continuer l'attaque en utilisant des V2. C'est alors le tour d'Anvers et de Liège qui deviennent des objectifs majeurs.

Londres est le cœur du Royaume-Uni et se prépare à la succession des opérations qui doivent conduire les Alliés au centre de l'Allemagne et est en même temps un port important. Anvers est un très grand port européen dont l'utilisation est essentielle à la poursuite des opérations militaires alliées au-delà du Rhin. Liège constitue une des principales bases d'approvisionnement de l'U.S. Army mais est en même temps un très important nœud ferroviaire et routier.

Le vendredi 13 octobre, Anvers connaît une journée noire ; le matin, la chute d'un V2 fait 32 tués et 45 blessés, tandis que l'après-midi, un V1 tue 14 autres habitants. La veille de ce double bombardement, Léon Degrelle, collaborateur avec l'occupant et défenseur du nazisme, avait déclaré sur Radio-Berlin qu'il avait demandé 20 000 bombes volantes afin de faire d'Anvers une ville sans port et un port sans ville. Le 27 novembre, deux V2 successifs font encore près de 150 victimes. Le pire est à venir. Le 16 décembre, un V2 touche le cinéma Rex. La salle est dévastée par la chute du plafond et par l'explosion d'une chaudière. 567 personnes perdent la vie.

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En région liégeoise

C'est à Herstal, le 26 septembre, alors que les habitants vivent toujours dans l'euphorie de la libération, qu'un premier engin tombe en région liégeoise, dont on croit qu'il s'agit d'une bombe larguée d'un avion. Une dizaine de maisons sont détruites et 17 victimes sont dénombrées tandis que les blessés sont innombrables. C'est pourtant, croit-on, une sorte de tir d'essai, comme dans d'autres communes atteintes (Flémalle-Haute, Grâce-Berleur), peut-être par hasard, dit-on, …

Cependant, les V1 et V2 continuent de tomber sur la région liégeoise durant le mois d'octobre (144 V1 répertoriés) et le début du mois de novembre (369 sur l'ensemble du mois), comme au-delà du Val-Benoît le 7 octobre où l'on dénombre 21 tués et des dizaines de blessés graves dont plusieurs décèdent rapidement, à la suite de la frappe d'un V2.

Le 20 novembre, il est près de 22 heures. La ville de Liège est plongée dans l'obscurité en ces temps où l'occultation des lumières est encore de rigueur. Un “robot” survole la cité en émettant son bruit caractéristique, pareil à celui d'une motocyclette, mais en beaucoup plus fort. Soudain, ce bruit s'interrompt puis est remplacé par un sifflement aigu suivi du fracas d'une violente explosion. Le V1 achève sa course en tombant place du Marché, à l'angle de la rue des Mineurs. L'explosion de cette bombe volante marque la reprise d'un long siège aérien auquel la ville de Liège et ses environs est soumise.

L'historien Lambert Grailet raconte : Tous ceux qui ont vécu cet hiver-là vous raconteront l'angoisse qu'ils éprouvaient au fond de leur cave. Le V1 en vol faisait comme un bruit de casserole. Quand le ronronnement du moteur s'arrêtait, c'est qu'il n'avait plus d'essence et qu'il allait tomber à pic. Le silence était alors suivi d'une terrible explosion. Le journaliste Jean Jour continue : On prenait patience à attendre la fin de l'alerte. A la longue, la patience se transformait en habitude (…) et c'est à peine si on prêtait attention au hululement plaintif qui annonçait la fin de l'alerte, sans parfois s'être rendu compte qu'il venait d'y en avoir une. On poursuivait ses tâches quotidiennes, sans plus. Les mères de famille descendaient malgré tout dans les caves, surtout avec les enfants en bas-âge. (…) Ces deux sortes de bombes volantes instillaient une angoisse différente de la peur éprouvée pendant les bombardements. Quelquefois, le V1 survolait la ville sans qu'on ait remarqué sa pétarade saccadée. Si d'aventure on se trouvait en rue ou fortuitement à sa fenêtre et qu'en levant les yeux on apercevait l'engin, il ne restait plus qu'à prévoir le moment où le moteur allait crachoter et stopper net, ce qui signifiait une chute en piqué quelque part dans la ville… à l'écart de l'endroit où l'on se tenait. Il y aurait de toute manière à déplorer des maisons détruites et sans doute d'autres tués encore.

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De retour dans les caves

Avec les menaces quotidiennes générées par les “armes de représailles”, les caves des habitations sont à nouveau occupées. On y improvise des cloisons, on redescend des matelas, quelques meubles, on y mange, on y dort, on revit des moments que l'on ne pensait plus vivre. Par rapport aux temps d'avant la libération, les caves sont autrement aménagées puisque les “robots” peuvent tomber n'importe où et n'importe quand. On “gagne” son second “appartement” dès la tombée du jour et on s'installe vaille que vaille. Et on vaque à ses petites occupations…

Sous les V1, on descendit les lits à la cave. Les caves devenaient des chambres où tout un immeuble se répartissait au mieux. On superposait les lits autant que possible, les vieux dans le bas, les jeunes au-dessus. Ajoutez-y un poêle dont la buse sortait du soupirail, voire une cuisinière pour y préparer les repas et, bien sûr, un poste de radio. Dans le même temps, on suivait les pétarades de V1, leurs sourdes explosions et l'on écoutait à la radio le cœur serré, le déroulement des opérations dans les Ardennes. Mais la vie quotidienne se poursuivait tant bien que mal ; il fallait aller au travail et les cafés, les restaurants étaient ouverts, les cinémas aussi. Il était étonnant de voir une ville s'accoutumer à la guerre, côtoyer la mort à chaque minute. En décembre 1944, le plus triste des Noël, mourir semblait trop injuste ! L'occupation était finie mais l'Allemand occupait le ciel.
Quant aux effets sur les bâtiments, voici un autre témoignage : Les bâtiments en béton encaissent assez bien les V1. L'explosion leur soufflait un à deux étages, mais la charpente tenait. En revanche, dans les quartiers populaires, c'était le carnage. Un seul V1 pulvérisait dix ou quinze maisons.

Les carreaux cassés ne se comptaient plus. Pourtant l'hiver 44 allait être dur, et le charbon manquait.
Et puis, il y avait ceux qui cherchaient leur salut dans la fuite. Un nouvel exode de ceux qui le peuvent recommence. Par de rares trains, très lents, on peut atteindre la capitale où la vie quotidienne est redevenue normale. Le contraste avec Liège est saisissant où les habitants se terrent dans les caves.

En mémoire de cette longue épreuve qu'ont subie les Liégeois, une plaque de bronze sera apposée par les autorités militaires alliées au bas de la façade de l'Hôtel de Ville. On peut y lire : En reconnaissance aux habitants de Liège, qui tels de bons soldats, restèrent vaillamment à leur poste pour aider les Alliés. Tout au long du siège aérien de leur cité, du 20 novembre 1944 au 18 janvier 1945, ils soutinrent si bien les efforts déployés en faveur de la cause alliée.

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Guerre totale et bombardements

Dans les confrontations guerrières du xxe siècle, les bombardements aériens entraînent de nouveaux ravages inconnus jusqu'alors. à une échelle plus réduite, la Grande Guerre, Première Guerre mondiale, voit, de 1915 à 1918 les Allemands pilonner les villes britanniques et françaises et les alliés de l'Entente en faire de même avec les cités germaniques, non seulement pour y détruire les usines qu'elles abritent, mais aussi pour saper le moral de la population.

Si les destructions et les pertes engendrées sont minimes par rapport aux massacres qui surviennent sur les fronts, l'impact psychologique se révèle profond et durable. C'est un des aspects nouveaux dans le concept de guerre totale. Durant la période de l'entre-deux-guerres, la crainte que les nouvelles armes de destruction (gaz de combat notamment) puissent être dirigées contre les civils par la voie des airs, liée à l'absence de législation internationale, engendre une nouvelle grande peur ; plus de 2 000 ligues destinées à la lutte contre le péril aérien et aérochimique voient le jour dans nombre de pays.

Cela n'empêche pas les massacres liés à des bombardements aériens par les Allemands et les Italiens lors de la guerre d'Espagne où les villes de Guernica, Madrid et Barcelone font subir des pertes immenses aux populations civiles.
Durant la Seconde Guerre mondiale, l'aviation allemande ravage de nombreuses villes, Rotterdam, Londres, Coventry, Belgrade. Pourtant, ce sont les Anglo-saxons qui poussent le plus loin la pratique des bombardements urbains et détruisent systématiquement le territoire du Reich (Berlin, Hambourg, Dresde) et une partie de l'Europe occupée. Que dire d'Hiroshima et de Nagasaki…

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Péril aérien (Paris)
Dresde
Herstal
Péril aérien
Guernica
Affiche
Liège, Cour des mineurs
Réfugiés dans les caves
Réfugiés dans les caves
Peenemünde, lancement d'un V2
Liège, place du Marché
Liège, église Saint-Antoine
Le Cinerex, après impact
Liège, quartier du Val Benoît