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Lambert-Amand van den Steen, fils de François, complète l'acquisition du domaine en 1698. Dès lors la propriété est restée dans cette même famille. Le Comte Guy van den Steen hérita des lieux laissés en triste état après avoir servi durant la deuxième guerre mondiale de home pour enfants des agents de la S.N.C.B. Dès lors le comte, aidé de son épouse, la marquise d'Ormonde, s'est soucié de remeubler entièrement le château avec du mobilier d'époque et de grande valeur.
Faute d'archives conservées près de Bastogne et détruites lors de l'offensive von Rundstedt, l'histoire monumentale d'un château tel que celui de Jehay reste singulièrement semée de doutes. Jehay, dénommé au XII siècle jahin ou Jehaing, fut habité vers 1130 par un certain Jehan qui détenait la seigneurie. En 1210 y succède Libert de Lexhy et en 1250 un homme d'armes, Miles, seigneur de Jehain. Un des seigneurs du moyen âge, Arnould de Jehin, habite par la suite le château. Y succède le tyran Wathieu d'Athin, démagogue liégeois banni en 1428 de Jehay et à qui on confisque les biens. Le domaine passe à Gérard Gossuin, dit de Beyne, bourgmestre de Liège en 1456, victime d'Erard de la Marck. Sa fille Agnès épouse Quantin de Towin qui fut tué à la guerre des Hornes et des La Marck. Jehay passe par héritage à Marguerite de la Falloise puis à Jehan Holman de Sart. En 1492, Jehanne de Sart, fille de Holmant, épousa Arnould de Mérode. Pendant plus de deux siècles, le château resta au sein de cette famille qui compta les grands restaurateurs. Ceux-ci donnèrent au château son aspect actuel daté de 1550. En 1680, Ferdinand-Maximilien de Mérode vend Jehay à François de Gand-Vilain van den Steen, baron de Saive et grand mayeur de Liège.
L'accès au château se fait par une tour-porche ornée de beaux modillons en bois tourné et surmontée d'un bulbe octogonal. Elle fut construite au XVIIe siècle par l'épouse de jean de Mérode, Marie-Constance d'Aspremont. Le portail est d'époque plus récente. A l'est se trouve la ferme domaniale qui a subi des transformations au cours du XVIIe siècle: "... disparition de l'énorme grange au sud, réfection de la plupart des ouvertures, adjonctions de lucarnes, d'encres, de pignons à gradins..." (Génicot, 1977, p. 157). Les constructions sont spacieuses, élégantes avec des plafonds voûtés supportés par des colonnes. Y sont conservés 80 cartes manuscrites et les ordres de batailles du duc de Marlborough (1650-1722). Le
corps de logis, à l'est, est assis sur les substructions d'une maison forte médiévale.
Cette origine se retrouve dans le plan en L, caractéristique de la fin du moyen
âge. L'originalité du château réside dans l'appareil en damier formé par d'épaisses
boutisses en pierres blanches et un petit appareil en grès. Ce principe, rare
dans nos régions, se rencontre à Sidon, aujourd'hui Saïda, au Liban. Seules
les façades externes et les tours cylindriques sont tapissées par le damier.
Les façades internes sont réalisées en pierres calcaires, composition
d'inspiration gothique. La porte d'entrée originale a disparu et fut remplacée
par une porte en fer forgé, oeuvre du châtelain Guy van den Steen. A l'ombre du château, la chapelle Saint-Lambert est entourée des vestiges d'un cimetière. A l'intérieur y est conservée la statue de saint Gérard, chevalier de Broque, objet d'un pèlerinage dans la localité, lors de la fête de la Pentecôte. Au sud du domaine s'étendent les jardins. Ils furent entièrement redessinés à la française après la guerre 1940-1945 par le Comte Guy van den Steen et mis en valeur par des massifs d'arbres, des vasques en escalier, des ornements sculpturaux et des fontaines à l'italienne.
Au centre, une table monumentale façonnée par le comte Guy van den Steen, ainsi que le candélabre à onze bougies. Tendue sur un des murs, une tapisserie de Bruxelles du XVIe siècle représentant "La traversée du Jourdain". Sur le meuble central, une vierge romane polychrome. Les formes sont stylisées et les proportions déséquilibrées. Le visage est cependant traité avec une exquise délicatesse, ce qui donne à Marie une grande douceur dans le regard. Au-dessus de la cheminée sont suspendus un Christ en croix et deux angelots attribués à Jean Delcour (1627-1707). Artiste liégeois, Jean Delcour séjourne en Italie où il subit l'influence du Bernin (1598-1680). Toutefois, dans ses réalisations il freine l'impétuosité du baroque. Ses oeuvres ont pour la plupart un caractère religieux et sont traitées avec une vérité anatomique saisissante, tel "Le Christ mort" de la cathédrale SaintPaul à Liège. Adjacente à la salle à manger, une tour circulaire où sont conservées des porcelaines anglaises, en vieux Limoges, des porcelaines de Bruxelles, de Saxe, de Chine et de Delft. Attirons l'attention sur un portrait de Lambert Lombard représenté en buste. Cette oeuvre est une huile sur toile attribuée à Lambert Lombard lui-même. Plusieurs portraits de ce type sont actuellement connus : portrait du musée de l'Art Wallon à Liège, portrait du musée de Cassel au château de Wilhelmshöhe, portrait conservé à Saint-Nicolas-Waes. L'authenticité de ces portraits reste contestée car ceux-ci ne portent pas la signature de l'artiste. Ce problème a été relevé par différents auteurs: J. Bosmant en 1955 et J. Yernaux en 1958.
Au plafond un lustre en cristal daté du XVIIIème siècle, de travail liégeois. Sur la cheminée Louis XIV est posée une pendule en noyer Queen Anne (XVIIIème siècle). Le mouvement porte la marque de Thomas Farrar. Au-dessus d'une dresse de fabrication anglaise du XVIIIème siècle un des nombreux portraits du peintre anglais Pieter Lely (1618-1680) représentant "Nell Gwynn". Il devient en 1661 le peintre de Charles III. A signaler, le plancher, qui date du XVIe siècle.
Tout aussi impressionnante, la cheminée réalisée en fer forgé par le Comte Guy van den Steen. Sur le manteau sont accrochés des sabres japonais et des poignards. Deux potiches en porcelaine de Chine sont posées sur des guéridons en acajou. Elles sont montées en lampe et datent du XIXe siècle. Le décor fait de dragons et de paysages est disposé en panneaux. La richesse des tons dans une gamme de verts et la précision calligraphique attestent l'appartenance de cette porcelaine au style Kang-Hi (empereur de 1662 à 1722). Au-dessus de la bibliothèque est accroché un tableau attribué à Luca Giordano (1634-1705) "La vierge à l'Enfant". Tendue sur le mur face à la cheminée, une tapisserie du XVIIe siècle représentant une fête flamande. Elle fut réalisée d'après un carton de David Teniers (1610-1690), le plus célèbre peintre flamand du genre, du XVIIe siècle. Dans ses oeuvres, il évoque les activités, les réjouissances et les plaisirs de la vie rurale. Les personnages sont traités avec un large réalisme, vivement colorés et détaillés avec précision sur un arrière-plan richement étoffé.
Dans la cheminée, une soupière sur présentoir, une chocolatière torse, un moutardier et un sucrier torses, tous en argent avec poinçon du prince-évêque Jean-Théodore de Bavière (règne de 1744-1763). Dans la vitrine entre les fenêtres, deux petits groupes de chasse en argent et vermeil avec poinçon de Ferdinand de Bavière (1651-1679). Cette oeuvre est signée Pierre de Fraisne, qui naquit à Liège en 1612. Il étudie son métier de ciseleur et orfèvre avec son père, Pierre de Fraisne le Vieux. A 8 ans, il se rend à Rome où il fera la connaissance de François Duquesnoy (15941641). En sa compagnie Pierre de Fraisne apprend à modeler des amours, des satyres et des tritons. En 1647, il est appelé au service de la reine Christine de Suède, pour qui il réalise un grand nombre de travaux. I1 y séjourne sept ans et revient à Liège après l'abdication de la Reine. Il meurt en 1660, laissant derrière lui une oeuvre considérable. Au mur, une tapisserie flamande du XVIIe siècle représentant une scène rurale. Dans les vitrines-tables est conservée une collection de pièces de monnaies en or, en argent et en bronze datant du IVe siècle à 1906, dont une monnaie celtique trouvée à Jehay. Les autres vitrines renferment des petits récipients divers : boîte à mouchettes, coffret en or à parfum, étui à cire, nécessaire de médecin, tabatière, boîte en or et argent ciselé... Toute aussi prestigieuse est la collection de montres : montres en or des époques Louis XIV, Louis XVI, Empire, Directoire, montres à double face et sonneries, montres en argent, chaînes de montres en perles... Précédant la porte d'entrée de la petite salle à manger, un autoportrait attribué à Breughel de Velours (1568-1625). A proximité, sur une commode en marqueterie, est exposée une tête humaine réduite par les indiens d'Amazonie. Ce trophée porté par les Jivaros et les Mundurucû était destiné à prouver la vengeance des ancêtres. L'ennemi tué est décapité. La tête est réduite suivant un procédé complexe. La peau est entaillée et décollée de façon à extraire le crâne. Les lèvres sont cousues à l'aide de longues cordelettes pendantes qui permettent de fixer la tête à la ceinture. La peau est bouillie avec un végétal qui a le pouvoir de rétrécir et de fixer les cheveux sur le cuir chevelu. L'intérieur est rempli de sable et de pierres chaudes. Le travail final consiste à fermer la tête et à la repasser pour que la peau ne soit pas trop ridée. Ce souvenir fut offert au Comte Guy van den Steen.
Au fond à droite, un haut-relief "Marsyas et les nymphes" sculpté par le Comte Guy van den Steen, selon les lois de la perspective à trois dimensions, de son invention. Les personnages sont traités en "relief progressif" (L'Oeil, 1980, p. 70) : le haut-relief au premier plan devient bas-relief et même gravure dans les plans les plus éloignés de l'oeil. Le long des murs, des coffres en fer forgé du XVIIe siècle et de nombreuses oeuvres du Comte Guy van den Steen, en bronze pour la plupart. Nous attirons également l'attention du visiteur sur la collection de dentelles qui comprend le voile de mariage, en dentelle ancienne, de la duchesse de Marlborough (1678). Le grand salon |
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